Traite - 24 heures dans la vie d'une mère

Traite – 24 heures de la vie d’une mère, vidéo-performance, 2023.

Avec Traite, Renata Andrade interroge les héritages de l’esclavage et les représentations qui continuent de marquer les corps racisés. Le titre de la performance joue sur la polysémie du mot français « traite », qui renvoie à la fois à la traite esclavagiste, à l’action de traire et, dans le langage courant, à l’acte d’insulter ou de maltraiter quelqu’un.

L’œuvre s’inspire de la peinture Mãe Preta de Lucílio de Albuquerque, dont elle propose une relecture contemporaine. En tant que femme afrodescendante, l’artiste se met elle-même en scène afin de déplacer cette mémoire des nourrices noires, auxquelles les corps racisés ont longtemps été assignés. En convoquant cette histoire, elle cherche simultanément à s’en affranchir et à ouvrir la possibilité de nouvelles trajectoires pour les femmes victimes du racisme.

La posture du corps et le mouvement répétitif des mains sur la poitrine participent à sa déshumanisation. Le corps de l’artiste devient une mécanique, à mi-chemin entre la machine et l’animal, réduit à sa seule fonction de production de lait.

À la fin de la performance, son corps rompt avec la synchronie de son reflet projeté sur une plaque de verre noire. Ce décalage marque la séparation symbolique entre le corps du présent et celui du passé. Il ouvre la possibilité d’une réappropriation de soi, libérée des assignations héritées de l’histoire.