Love Bites / Love Bits

Love Bits, installation (deux boîtes contenant les vestiges de la performance et vidéo documentaire réalisés au musée du Louvre-Lens), 2018.

 

L’amour peut-il être pris, volé, troqué ou vendu ? 

Invitée par le musée du Louvre-Lens à réagir à l’exposition Amour, présentée du 27 août 2018 au 21 janvier 2019, Renata Andrade a été marquée par le choix de certaines œuvres. Qu’il s’agisse de Cassandre implorant la vengeance de Minerve contre Ajax, de Jupiter et Ganymède ou encore de L’Odalisque, le corps — et plus particulièrement celui de la femme — y apparaît en filigrane comme un « morceau d’amour », un bien susceptible d’être approprié, échangé et consommé.

L’artiste brésilienne a alors choisi d’interroger cette marchandisation tacite du corps féminin. Pour ce faire, elle a conçu la performance Love Bites, dans laquelle elle met en vente des « morceaux d’amour » sous la forme de petites vulves sculptées dans des bonbons. Le prix ? Un morceau de l’autre. Un fragment de soi en échange d’un fragment de l’autre. Corps contre corps.

Cette référence explicite à la prostitution invite le spectateur à s’engager dans cette logique de marchandisation du corps, à se percevoir lui-même comme un objet pouvant être cédé, découpé ou morcelé. Pour l’artiste, il s’agit de contraindre le participant à se confronter à un tabou de nos sociétés, à une réalité souvent dissimulée ou ignorée, mais aussi à dépasser les frontières de la bien-pensance et des opinions toutes faites. Sans toujours s’en rendre compte, le participant passe de l’autre côté du miroir : de consommateur, il devient vendeur.

C’est en ce sens que le titre de la performance prend toute sa signification : Love Bites, à la fois « morceaux d’amour » et « morsures de l’amour ». En arrachant, morceau après morceau, la robe de l’artiste, les participants révèlent la violence physique et symbolique de cet échange. Il n’y a pas de neutralité possible : donner son corps, c’est toujours donner une part de soi.