Exhibition - Femme cannibale

Exhibition – Femme cannibale, performance, Galerie de l’IESA, 2020.

Nourrie par ses recherches doctorales sur le cannibalisme dans l’art contemporain, Renata Andrade revisite, à travers cette performance, l’héritage colonial et les imaginaires exotiques qui continuent de traverser les sociétés occidentales. L’œuvre s’appuie notamment sur les travaux de l’anthropologue Mondher Kilani, qui retrace, dans Du goût de l’Autre, l’origine, l’histoire et les enjeux du mythe cannibale. L’artiste se réapproprie ce récit afin d’en révéler la dimension coloniale.

Longtemps associé au primitif, à l’exotique et à l’érotique, le cannibalisme a constitué l’un des principaux arguments mobilisés pour justifier la conquête et la domination coloniales. En rapprochant les stéréotypes contemporains associés au Brésil des dispositifs des zoos humains du XIXᵉ siècle, Renata Andrade met en évidence la persistance de ces imaginaires. Son propre corps, souvent réduit à des clichés tels que la plage, la samba ou la favela, devient le lieu d’une déconstruction de l’exotisme et d’une confrontation entre fantasmes européens et réalités vécues.

Les affiches, inspirées de l’iconographie des zoos humains, invitent le public à venir observer une « femme cannibale ». Cette figure hybride mêle les représentations fantasmées des femmes autochtones brésiliennes diffusées par Théodore de Bry à la fin du XVIᵉ siècle aux images contemporaines des danseuses de samba, souvent réduites à leur dimension spectaculaire et sexuelle. Comme le mythe cannibale lui-même, ce personnage fascine autant qu’il inquiète.

Au cours de la performance, l’artiste porte devant son corps un panneau de bois peint reprenant cette image stéréotypée. En révélant progressivement qu’il ne s’agit que d’une façade, elle invite le spectateur à prendre conscience du caractère construit des imaginaires coloniaux et à interroger les représentations qui continuent d’habiter notre regard.